Profil de formateur en bijouterie : Georges Teixeira

Formateur en bijouterie Joaillerie Georges Teixeira

Passionné par son métier, Georges Teixeira nous parle de son parcours et de celui proposé aux candidats aux formations en bijouterie. L’occasion de découvrir différemment les engagements de l’Atelier d’Emeraude.

Comment vous présenteriez vous ?

Georges Teixeira, formateur à l’atelier d’émeraude où j’enseigne les métiers de la bijouterie.

Je collabore également avec Sandrine Eber sur les salons et afin de conseiller les personnes qui désirent intégrer la formation.

Comment est né l’Atelier d’émeraude ?

L’atelier d’Emeraude est né il y a plus de 4 ans, sur l’idée de la formation dans les métiers de la bijouterie, en axant notre démarche sur des formations sur mesure mais également vers les parcours de reconversion.

De quel cursus êtes vous initialement issu ?

Je suis issu de l’école hôtelière !

J’ai suivi un parcours hôtelier durant plusieurs années, puis après un certain temps j’ai cherché à me reconvertir car l’univers en question ne me correspondait plus.

Etant une personne qui appréciait déjà  le travail manuel, j’ai vu une similitude entre la minutie des métiers de la création culinaire et la création de bijoux.

Certaines de mes connaissances étaient alors déjà issues de ces métiers et de l’horlogerie, ce qui a également contribué à mon intérêt.

C’est donc au travers d’autres personnes et profils que vous avez découvert le métier ?

Absolument, étant originaire de Morteau, j’ai été baigné dans le milieu de l’horlogerie et la microtechnique. Dans cette région beaucoup de personnes sont formées à l’horlogerie mais également à la bijouterie, la région du Doubs est un pôle important dans ces domaines.

Comment sélectionnez vous les candidats aux formations proposées ?

Nous voyons en règle générale trois types de candidats. 

Une partie déposent leurs candidatures pour le CAP, et une autre partie, plutôt composée de professionnels ou de créateurs de bijouterie fantaisie qui sont souvent autodidactes et désirent apprendre ou perfectionner leurs maîtrises des gestes et techniques.

D’autres encore, déjà issus du monde professionnel de la bijouterie, mais n’ayant pas acquis des connaissances concernant le sertissage de pierres par exemple. Ceux-ci peuvent alors suivre une formation spécifique, pour acquérir ces gestes techniques.

Nous proposons donc un ensemble de stages, allant de l’initiation au perfectionnement, selon les niveaux et attentes de chacun.

Concernant le CAP, il s’agit bien sûr d’une formation complète, répondant aux exigences de durée et de programme de l’Education Nationale.

Pour les candidats au CAP, nous disposons bien entendu d’un ensemble de critères de sélection.

Quels sont justement ces critères de sélection ?

Nous entrons justement dans une phase de recrutement de candidats pour le CAP de l’année prochaine

Nous les évaluons à travers 3 tests principaux et un entretien , le premier se passe avec un prestataire qui mesure à travers une série de différents tests : l’habileté fine. Sont mesurés par exemple la dextérité, la coordination, la vision, la résistance au stress, le positionnement visio temporel. 

Le deuxième se passe sur un établi, afin de mieux connaître cet aspect et appréhender le métier.

Ensuite le candidat doit passer un test dit “de logique”, sur support papier, il s’agit surtout de vérifier que la personne est en mesure d’imaginer et appréhender les volumes et formes dans l’espace, de faire évoluer un modèle en trois dimensions.

Pour finir, et il s’agit d’un point important, un entretien avec Mme Eber, afin de nous assurer que le candidat est dans une démarche de construction de son avenir professionnel et qu’il est, bien entendu, motivé.

Il est important pour nous de vérifier cet aspect, sachant qu’une bonne partie des candidats proviennent de toutes les régions de France et viennent suivre la formation durant neuf mois, ceux-ci mettent quelquefois leur vie entre parenthèses pour cela.

Il est entendu que selon la provenance et l’expérience de chacun, tous n’arrivent pas avec un bagage égal, mais sur l’ensemble de la formation, et avec le recul, cela est tout à fait cohérent en fin de cursus, compte tenu des capacités acquises par tous.

Il est toutefois important de disposer d’une aptitude fine dès le départ.

Vous avez ouvert un centre de formation en Guadeloupe, comment cette idée est elle née ?

En réalité, nous n’avons pas ouvert un centre de formation en Guadeloupe. Nous avons été sollicités par un centre de formation en insertion pour ouvrir un plateau technique avec une demande de programme sur mesure adaptée au besoin local en tenant compte des ressources locales.  

Quelles sont les spécificités de ce centre ?

Il s’agit d’un quasi “copié-collé” du plateau technique notre centre de Sainte Marie aux Mines, nous avons cependant adapté le programme et les techniques proposées aux besoins locaux.

Le but n’était absolument pas de proposer des bijoux hors contexte et culture là bas, mais d’enseigner des techniques en lien avec le savoir faire local et de permettre de les développer.

Pour exemple, pouvoir apprendre les techniques de sertissage mais non pas pour une pierre, mais pour un coquillage, pour ensuite déclencher une créativité différente chez les personnes qui suivent la formation.

Globalement, quels retours obtenez vous post formation par les personnes ayant suivi les cursus ?

Ceux-ci sont très positifs, puisque plus de la moitié des personnes issues du CAP obtiennent un poste, que cela soit avec ou sans nos partenaires.

Il me semble que nous réalisons réellement notre mission puisqu’en neuf mois la plupart des candidats réussissent leur examen et obtiennent un emploi, je pense que nous pouvons réellement dire que dans ce cas la boucle est bouclée.

Pourriez vous nous parler de votre rapport avec la reconversion ? Avec le cursus des personnes reconnues travailleurs handicapés ?

Je trouve cela extraordinaire ! Cela fait un an que j’avais l’idée en tête d’intensifier nos actions en ce sens, et d’autant plus que cela me touche personnellement étant moi même une personne dite “de petite taille”.

A mon sens si une personne suis cette formation, se sent à l’aise et dans son élément, c’est déjà une réussite à 90%, le travail est un élément important pour se sentir valorisé et être conscient de sa place.

Qu’est ce qu’une personne qui a dû faire face à un accident ou a perdu l’usage de ses jambes devient ? Elle a le droit de se reconvertir, et une personne issue d’un autre univers professionnel pourra absolument devenir un excellent bijoutier si elle en a les aptitudes bien sur.

Il s’agit d’un métier ou la majeure partie du temps est passée en position assise, donc la reconversion pour des personnes à mobilité réduite est accessible.

J’ai toujours trouvé que la passerelle dans ce cas de figure pourrait se faire de manière naturelle, y compris suite à un accident. Ce métier demande beaucoup de minutie, je reste persuadé que cela permet, dans la concentration, de se recentrer et de se reconstruire après un accident de la vie.

Travaillez-vous avec des partenaires et organismes concernant la reconversion professionnelle et les travailleurs handicapés ?

Nous sommes déjà en contact pour la reconversion avec tous les partenaires financeurs. Pour les travailleurs handicapés des contacts ont déjà été pris avec CAP Emploi et l’Agefiph. 

Nous accueillons cependant d’ores et déjà des élèves présentant une reconnaissance de handicap, et j’ajouterais que tous les handicaps ne sont pas visibles.

Votre regard sur les choix de métier techniques / artistiques dans les cursus de bilan de compétences et changements de carrière ? Ces métiers sont-ils d’après vous boudés ?

On ne met pas assez l’apprentissage, l’artisanat et les métiers d’art en avant. Il y à un sursaut, mais relativement restreint. 

Je suis tout à fait favorable au fait de proposer aux gens de revenir vers des métiers manuels, y trouvant par exemple moi même plus d’intérêt que de rester derrière un écran (rires), ensuite chacun est juge… mais je pense que lorsqu’on aborde la reconversion dans les métiers d’arts et d’artisanat, on oublie la satisfaction de voir se concrétiser un objet, étape par étape.

L’échange est également important  ! Je dis souvent aux stagiaires de penser à avoir un regard sur ce qui les entoure, les formes, les couleurs, les objets et l’architecture : tout cela est particulièrement enrichissant !

Vous bénéficiez d’une popularité sur les réseaux sociaux… et suivez beaucoup de profils, pourriez vous nous en citer quelques-uns et nous en parler ?

Je regarde tout ce qui m’entoure, c’est presque une forme de boulimie et je m’inspire de tout, une nouvelle ligne de voiture, un bâtiment…

Et si vous deviez donner des exemples ?

J’adore ce que faisait M. Lalique ou encore dans les années 80  M. Vendôme, il a été une révolution dans le monde de la bijouterie, il a travaillé les formes, les pierres brutes… des pièces importantes notamment, ce qui fait écho à mes créations également assez conséquentes… Pour moi c’est réellement “la” référence.

Qu’avez vous envie de dire aux personnes qui ne connaissent pas la possibilité d’une reconversion dans la bijouterie et éventuellement les inciter ?

Que c’est un très beau métier, très enrichissant.

Pour les personnes qui désirent se reconvertir, la bijouterie est une belle opportunité, ce métier est porteur et il existe une réelle demande concernant des profils qualifiés.

Et concernant les créateurs de bijoux fantaisie ?

Au bout d’un moment, les personne s’inscrivant dans ce domaine de création vont se retrouver bloquées, et finir souvent par proposer systématiquement les mêmes types de bijoux et créations.

C’est normal en soi, car passé un certain stade, il est nécessaire de savoir travailler le métal.

Pour cela des techniques et compétences doivent être apprises, des points de fusion doivent être connus… il ne s’agit pas seulement de frapper avec un marteau sur du métal, mais de savoir comment la matière réagit et prends forme.

Il est possible de passer le cap, et de pouvoir dire “je fais de la bijouterie fantaisie haut de gamme”, d’employer de l’argent, de l’or et non pas de l’aluminium par exemple.

Merci à notre formateur d’avoir pris le temps, pour nous parler de son métier, et peut-être du vôtre ?